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« Parle-moi de ta santé mentale » : mettre des mots pour aller mieux

À Marseille, à la clinique L’Escale, des adolescents suivis en pédopsychiatrie prennent la parole pour raconter leur parcours et déconstruire les idées reçues sur la psychiatrie. Le documentaire Parle-moi de ta santé mentale révèle une génération capable de mettre des mots sur sa souffrance, et une société appelée à réapprendre à écouter.

Silence... moteur... action !

Dans cette spécialité, le soin commence rarement par une demande exprimée par le jeune lui-même. « En pédopsychiatrie, 9 adolescents sur 10 n’ont pas demandé à être là, » rappelle le Dr Hayek, psychiatre à la clinique L’Escale et médecin coordinateur régional en psychiatrie. Orientés par leurs parents ou par un médecin, les adolescents arrivent souvent dans le rejet : « L’expression des difficultés, c’est de l’opposition, de l’agressivité ». La relation thérapeutique s’installe alors dans une forme de tension, d’autant plus que, contrairement à d’autres disciplines médicales, la psychiatrie ne permet pas toujours de rendre visibles, à court terme, les effets du soin. 

Pour rendre compte de ce travail souvent invisible, l’équipe soignante d’emeis a choisi de passer par un autre canal, en participant au documentaire Parle-moi de ta santé mentale. Soutenu par la Fondation emeis et porté par l’association « Choisis ta planète » et labellisé « Santé mentale, Grande cause nationale », ce film a vocation à être diffusé dans les collèges et lycées, en lien avec l’Éducation nationale, pour lutter contre les stéréotypes entourant la pédopsychiatrie et rendre visible une réalité souvent méconnue.

« Les meilleurs ambassadeurs de ce qu’on fait, ce sont eux, » affirme le psychiatre, convaincu que « la parole des usagers est plus puissante que celle des soignants ». Le documentaire s’inscrit dans cette logique de pair-aidance déjà présente dans les unités d’emeis, où les adolescents les plus avancés dans leur parcours accompagnent les nouveaux patients et partagent leur expérience. 

Découvrir la bande-annonce du documentaire
clap parle-moi de ta santé mentale

Quand la parole devient un levier de soin

Avant le tournage, les adolescents ont défini ensemble les thèmes qu’ils souhaitaient aborder. Ils ont ensuite formulé eux-mêmes les questions, y compris celles destinée aux soignants. Une inversion des rôles aux vertus thérapeutiques, puisque leur donner la parole, c’est aussi leur renvoyer de la confiance. « Au fil du temps, ce ne sont plus seulement nous qui les aidons, eux aussi nous apportent quelque chose, » souligne le Dr Hayek. « Ce qu’ils disent dans ce film est d’une justesse incroyable. Je les trouve extraordinaires, » confie-t-il.

Tous les patients filmés présentent pourtant des troubles sévères : idées suicidaires, traumatismes, troubles anxieux ou déscolarisation. Mais le film choisit de ne pas détailler ces parcours. Un parti pris assumé par l’équipe soignante, puisqu’en ne réduisant pas les jeunes à leur histoire, il permet au spectateur de se reconnaître plus facilement. 

Au fil des témoignages, plusieurs enseignements émergent : « Le rôle du parent, ce n’est pas d’éviter tous les problèmes, mais d’être là quand il y a un accroc, » résume le Dr Hayek dans le documentaire. Une présence qui suppose aussi de savoir demander de l’aide : « On a aussi besoin, en tant que parents, de demander du soutien quand on voit que notre enfant ne va pas bien, » souligne Marjolaine, éducatrice spécialisée.

L’écoute reste centrale. « Si votre enfant vous parle, c’est déjà un grand pas. Il faut vraiment prendre en considération ce qu’il dit, » insiste Léa, infirmière. D’autant que la souffrance s’exprime rarement frontalement : « Un jeune qui ne va pas bien ne le dira pas forcément, mais il va le montrer, » rappelle Frédéric, éducateur spécialisé.

Malgré les difficultés, un point revient dans tous les témoignages : la guérison est possible, mais elle demande du temps. « Je sais qu’un jour ça ira mieux. Pour l’instant, je travaille dessus, » confie Antonin, 15 ans.

illustration parle moi de ta santé mentale

L’écoute des adolescents, une posture essentielle

« Derrière l’agressivité, il y a une souffrance à décoder, rappelle le Dr Hayek. « Souvent, les parents et les adolescents ne sont pas sur la même fréquence. Notre rôle, c’est de traduire. » Cette approche fondée sur la validation émotionnelle consiste à reconnaître ce que ressent le jeune sans le juger, pour permettre l’expression de sa parole. Elle implique notamment de « prendre au mot » ce que dit un adolescent, même lorsque ses propos semblent excessifs.

Alors que les demandes de prise en charge augmentent, le Dr Hayek y voit un signe encourageant : « On a réussi à faire passer le message qu’on a le droit de parler ».  Mais cette parole reste fragile. « Les jeunes ont davantage de moyens de s’exprimer, mais aussi plus de risques d’être exposés et jugés, » analyse-t-il, évoquant « une société des extrêmes ».

En donnant la parole à ceux que l’on entend trop peu, Parle-moi de ta santé mentale rappelle que derrière les troubles, il y a des histoires, des voix, et surtout une capacité à se reconstruire. À l’heure où la santé mentale des jeunes s’impose comme un enjeu majeur, ce film invite à changer de regard : écouter sans juger, accueillir sans minimiser, et reconnaître que la parole, lorsqu’elle est entendue, peut déjà être un premier pas vers le soin.

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