Sport et dépression : remettre la vie en mouvement
« L'activité physique est un formidable outil thérapeutique. Mais elle n'est pas une alternative aux autres soins. Elle en est un complément. » Pour le Dr Nicolas Juenet, directeur médical adjoint Psychiatrie Groupe au sein d’emeis, l'enjeu n'est plus d'opposer médicaments, psychothérapies et approches non médicamenteuses, mais de les articuler au service de chaque patient.
Les approches complémentaires : de véritables leviers thérapeutiques
Si les traitements médicamenteux restent indispensables dans certaines situations, les approches complémentaires gagnent progressivement leur place dans les recommandations scientifiques. L'activité physique est désormais reconnue comme un véritable levier thérapeutique. Les travaux disponibles montrent des bénéfices sur les symptômes dépressifs, l'anxiété, les troubles du sommeil et la prévention des rechutes.
« Il est impossible d'étudier les effets de l'activité physique exactement comme ceux d'un médicament. Les participants savent forcément s'ils pratiquent ou non une activité physique, ce qui rend impossible la constitution d'un véritable groupe placebo, » nuance le Dr Nicolas Juenet. Malgré cette difficulté méthodologique, les résultats convergent. Mais pour le psychiatre, le principal intérêt de l'activité physique réside peut-être ailleurs : dans tout ce qu'elle remet progressivement en mouvement dans la vie des patients.

La dépression, une maladie qui immobilise
La dépression se caractérise souvent par une perte d'élan, de motivation et de confiance en soi : « Les patients sont parfois convaincus qu'ils ne sont plus capables de rien, » observe le Dr Juenet. L'objectif n'est donc pas de transformer immédiatement les patients en sportifs accomplis. Dans certaines formes sévères, une victoire peut simplement consister à se lever, sortir de sa chambre ou marcher quelques minutes dans un couloir : « Réussir une activité, même très modeste, permet déjà de retrouver un sentiment d'efficacité personnelle, » explique le psychiatre.
Cette remise en mouvement progressive rejoint les principes des thérapies comportementales : faire quelque chose, même minime, redonne confiance et favorise de nouvelles actions. À l'inverse, proposer des objectifs trop ambitieux peut devenir contre-productif : « Dire à quelqu'un qui n'a jamais couru qu'il doit préparer un semi-marathon est probablement la meilleure manière de renforcer son sentiment d'échec, » illustre-t-il.

Bien plus qu'une question de sport
Les bénéfices de l'activité physique ne tiennent pas uniquement à l'effort lui-même. Faire du sport, c'est aussi sortir de chez soi, retrouver un rythme, s'exposer à la lumière naturelle et recréer du lien social : « Les activités pratiquées en groupe et en plein air semblent particulièrement intéressantes, car le lien social et la luminosité constituent eux-mêmes des facteurs thérapeutiques importants, » souligne le Dr Juenet.
Parfois, les effets passent par des choses très simples : marcher avec d'autres patients, se passer une balle pendant une séance de gymnastique douce ou partager une partie de pétanque.
Ces moments favorisent les échanges, le plaisir et permettent progressivement de sortir du repli dans lequel la maladie enferme souvent les patients.

Toute activité qui donne envie
Si la marche rapide, la course à pied, le yoga ou le renforcement musculaire figurent parmi les pratiques ayant montré les meilleurs résultats dans les études, le choix de l'activité doit avant tout partir du patient : « L’activité physique la plus efficace sera d'abord celle que la personne se sent capable de pratiquer et surtout celle qu'elle a envie de faire, » insiste le Dr Juenet.
Cette approche suppose également de respecter le rythme de chacun. Certains patients, désireux de retrouver rapidement leur niveau antérieur, peuvent vouloir aller trop vite, au risque de se blesser. L'entourage peut jouer un rôle d’accompagnant s’il le souhaite, à condition de ne pas tomber dans l'injonction : « Je n'ai jamais vu un patient sortir d'une dépression sévère parce qu'on lui avait simplement dit d'aller courir, » souligne-t-il. L'enjeu est davantage de proposer sans forcer et de valoriser chaque progrès.
Si les recommandations générales préconisent environ 150 minutes d'activité physique modérée par semaine, le psychiatre rappelle que, dans la dépression, l'essentiel reste la progressivité : se remettre en mouvement est déjà une première victoire thérapeutique.

Trouver l’activité qui redonne envie à travers l’approche emeis
Dans les établissements emeis, l'activité physique adaptée (APA) fait pleinement partie du parcours de soins. Après une évaluation réalisée par l'équipe pluridisciplinaire, différentes activités peuvent être proposées selon les capacités, les envies et l'évolution clinique du patient : marche, yoga, gymnastique douce, renforcement musculaire, cardio-training, pétanque, équitation, aviron ou activités collectives en extérieur. « Notre objectif n'est pas de décider qu'à tel profil correspond nécessairement tel sport, mais d'avoir une richesse d'activités suffisante pour permettre au patient de choisir ce qui peut l'intéresser, » souligne le Dr Nicolas Juenet.
