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Dépression : déconstruire les idées reçues pour mieux comprendre la maladie

Être dépressif, c’est forcément être triste ? Il suffirait de se « secouer » pour aller mieux ? Et qui dit dépression dit forcément antidépresseurs ? Ces idées reçues persistent et peuvent brouiller la compréhension de la maladie. Le Dr Nicolas Juenet, directeur médical Psychiatrie Groupe au sein d’emeis, donne des repères pour en reconnaître les signes, y compris les moins visibles, et savoir quand demander de l’aide.

De la déprime à la dépression : quand faut-il s’inquiéter ?

Dans le langage courant, les deux termes sont parfois employés indifféremment. Pourtant, ils ne recouvrent pas la même réalité : « La dépression est vraiment un terme médical. Elle correspond à un diagnostic et à une maladie, alors que la déprime décrit davantage un état d’humeur normal, » distingue le Dr Juenet.

La durée, l’intensité des symptômes mais aussi leur impact sur le quotidien permettent de faire la différence. Un coup de déprime, même marqué, peut ne durer que quelques jours. Dans la dépression, les troubles s’installent davantage dans le temps et entraînent une rupture par rapport au fonctionnement habituel. La personne n’arrive plus à vivre, ressentir ou agir tout à fait comme auparavant.

Et contrairement à une autre idée reçue, être dépressif ne signifie pas nécessairement être triste. Certaines personnes ressentent plutôt un vide émotionnel : « Elles ne manifestent plus de joie, mais pas forcément de tristesse non plus. »

Personne a l'air triste

La dépression en Europe

(source DREES)

  • 6%

    de la population européenne souffre de syndromes dépressifs

  • 11%

    de taux de dépression en France, prévalence la plus haute du continent européen

  • 45-59 ans

    c’est la tranche d’âge où la prévalence de la dépression atteint un pic en Europe de l’Ouest

  • 15-24 ans

    c’est la tranche d’âge où la prévalence de la dépression atteint son pic en Europe du Nord

Des symptômes parfois difficiles à repérer

Perte d’intérêt et de plaisir, fatigue, dévalorisation, culpabilité, troubles du sommeil ou de l’alimentation… Les symptômes varient d’une personne à l’autre et ne sont pas toujours visibles. Certaines personnes continuent ainsi à travailler et à assurer leur quotidien. Mais derrière cette apparente normalité, quelque chose a changé : « Elle peut rester capable d’affronter la vie quotidienne et le travail, mais faire les choses de façon plus automatique et plus vraiment de façon émotionnelle, » décrit le psychiatre.

Cette réalité peut retarder le diagnostic. Elle invite aussi à nuancer les différences entre les sexes : si les femmes sont statistiquement davantage touchées, « on passe probablement plus facilement à côté des dépressions chez l’homme, notamment parce qu’elles peuvent être moins exprimées, » souligne le Dr Nicolas Juenet.

Woman busy at work

Dépression : une maladie, plusieurs formes

Il n’existe pas une seule dépression. Légère, modérée ou sévère, elle peut aussi se manifester différemment selon l’âge. Chez les enfants et les personnes âgées, elle s’exprime parfois davantage par des symptômes physiques, comme des douleurs ou des troubles digestifs.

Certaines formes présentent aussi des caractéristiques particulières. C’est le cas de la dépression saisonnière, favorisée par la baisse de luminosité en automne et en hiver. Elle se distingue d’un simple coup de mou par son retentissement sur le quotidien : « La différence, c’est lorsque les symptômes deviennent suffisamment importants pour altérer la qualité de vie, » explique le Dr Juenet.

La dépression résistante désigne, elle, l’absence d’amélioration malgré au moins deux antidépresseurs différents prescrits à dose adaptée. « On estime qu’elle concerne 10 à 15 % des personnes dépressives, » précise le psychiatre. D’autres stratégies thérapeutiques peuvent alors être proposées. 

Man relaxing in a parc

Quand faut-il demander de l’aide ?

Une dépression peut-elle disparaître spontanément ? C’est possible. Mais attendre n’est pas sans risque : « Si elle n’est pas prise en charge, une dépression peut aussi s’aggraver, » rappelle le Dr Juenet. Dans les formes les plus graves, elle peut conduire à des passages à l’acte suicidaire.

Alors, à quel moment consulter ? Lorsque les symptômes persistent, s’intensifient ou commencent à retentir sur la vie quotidienne, les relations, le travail ou les activités habituellement appréciées, mieux vaut en parler à un professionnel de santé. En cas d’idées suicidaires, il est nécessaire de demander de l’aide sans attendre.

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Un rééducateur s'entretien avec une patiente

À chaque dépression, sa prise en charge
 

La prise en charge dépend de la situation et de la sévérité de la dépression. Pour les dépressions légères à modérées, « en première intention, ce ne sont pas les médicaments antidépresseurs, c’est la psychothérapie », explique le Dr Juenet. Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) s’appuient notamment sur des exercices pour modifier certains schémas de pensée et retrouver progressivement une capacité d’action.

Dans les formes sévères, des antidépresseurs peuvent être nécessaires, parfois associés à une psychothérapie. Leur effet apparaît « autour de quinze jours à trois semaines ». En cas de dépression résistante, certaines techniques de stimulation cérébrale peuvent notamment être envisagées. 

La relation avec le thérapeute joue également un rôle important. Sans confiance, difficile de se confier. Si le courant ne passe pas après quelques séances, le Dr Juenet conseille d’en parler et, si besoin, de changer de professionnel.

Enfin, une idée reçue mérite particulièrement d’être combattue : une dépression n’est pas une fatalité. Elle se soigne et la guérison est possible. Si un premier épisode augmente le risque de récidive, « dépressif un jour, dépressif toujours, c’est complètement faux, » rappelle le psychiatre.

Promenade à la Villa des Pages

VRAI ou FAUX ? 5 idées reçues sur la dépression

  • « Il suffit de se secouer » FAUX


La dépression n’est pas un manque de volonté. Demander à une personne de faire ce dont la maladie la rend momentanément incapable peut au contraire renforcer sa culpabilité et sa dévalorisation.

  • « On ne peut pas être dépressif quand on a tout pour être heureux » FAUX


Un deuil, une séparation ou des difficultés professionnelles peuvent jouer un rôle, mais aucun événement déclencheur n’est indispensable. La maladie résulte de multiples facteurs : vulnérabilité génétique, histoire personnelle, environnement… On peut donc, en apparence, « avoir tout pour être heureux » et traverser malgré tout un épisode dépressif.

  • « Les antidépresseurs rendent dépendant » FAUX


Il n’y a pas de dépendance aux antidépresseurs, contrairement aux anxiolytiques et aux somnifères. Ils ne sont par ailleurs pas indiqués dans le traitement de toutes les dépressions. 

  • « Faire du sport peut suffire à soigner une dépression » FAUX


L’activité physique a des effets bénéfiques démontrés sur l’humeur et participe à la prévention comme à la prise en charge. Mais elle ne remplace pas les soins lorsqu’ils sont nécessaires.

  • « La dépression est un signe de faiblesse » FAUX


La dépression est une maladie, pas une faiblesse de caractère. La personne n’a pas choisi son état et peut déjà en éprouver de la culpabilité ou se dévaloriser. Lui renvoyer l’idée qu’elle devrait parvenir à « s’en sortir » seule risque d’accentuer cette souffrance.

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